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KUNIKO - Tribute To Miyoshi - Res Musica

La percussionniste japonaise Kuniko rend hommage à Akira Miyoshi en mettant à l’affiche de ce CD monographique l’intégrale des pièces pour marimba soliste du compositeur nippon couvrant une période de quarante ans de création.

Pianiste et violoniste de formation, Akira Miyoshi ne fera qu’un court passage en France, de 1955 à 57, où il vient se perfectionner au Conservatoire de Paris et découvre la musique d’Henri Dutilleux. De retour au Japon, il poursuit sa carrière de compositeur de musique occidentale, moins soucieux, semble-t-il, que ses compatriotes Toru Takemitsu et Yoshihisa Taïra, de créer des liens avec la musique traditionnelle de son pays. A moins de voir, dans le choix même du marimba qu’il affectionne, une manière de synthèse entre le clavier occidental et l’univers percuté de la tradition nippone où l’énergie du geste s’ancre dans les valeurs les plus profondes de l’Extrême Orient.

« Le marimba possède une dimension musicale qui exprime des qualités humaines », disait Miyoshi. Il est l’instrument de la confidence dans Conversation (1962) dont les cinq mouvements portant des titres sont autant de saynètes imaginées, renouvelant le climat, les humeurs et les configurations sonores. Torso III (1964) appartient à un cycle de cinq pièces dans lesquelles le compositeur entend explorer plus avant les capacités sonores des instruments. La partition pour marimba scelle des liens très forts avec l’interprète Keiko Abe, percussionniste virtuose et compositrice, qui devient l’égérie de Miyoshi. Dans cette pièce plus aventureuse, l’espace se déploie ainsi que l’échelle des dynamiques, du murmure à l’éclat. C’est à l’initiative de Keiko Abe que se tient à Okaya, en 1999, la seconde édition du Concours international de marimba pour lequel Miyoshi écrit Ripple (Ondulation), la pièce la plus impressionnante de l’album : dimension polyphonique, superpositions rythmiques et recherche constante d’une résonance de l’instrument à travers le jeu du trémolo. C’est sur ce même trémolo suraigu que débute le Concerto pour marimba et ensemble de cordes écrit pour Keiko Abe où l’influence de Bartok (Musique pour cordes, percussion et célesta) est prégnante : dans le début mystérieux notamment où sourdent les cordes dans le grave. La cadence du soliste est concédée juste après le sommet du crescendo, superbe page inscrite dans un temps plus oriental. Les Six Prélude Études (2001) sont les dernières pièces de Miyoshi pour le marimba solo. Ne sollicitant que deux baguettes, les six numéros sont censés aborder différents aspects techniques de l’écriture : gamme, harmonie, forme contrapuntique, etc., autant de prétextes (fausses pistes?) pour écrire une musique tour à tour poétique et mystérieuse, souriante et facétieuse : une épure pour l’apprentissage que le compositeur conçoit à près de soixante-dix ans.

Marchant sur les brisées de son ainée, la percussionniste Kuniko révèle, quant à elle, la large palette expressive de son instrument : aspect intimiste et sonorité chaleureuse et boisée (Conversation), flamboyance du timbre et halo résonnant (Torso III, Ripple), homogénéité et séduction du timbre ; flexibilité, enfin, et finesse de son jeu virtuose.

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Res Musica
12 January 2021